CEEH souffle sa quatrième bougie

Le cercle des étudiants entrepreneurs d’Haïti souffle sa quatrième bougie le 25 Août 2020. L’exploit est là sous nos yeux, total et sans appel. Les fondements sont posés, les stratégies de consolidation battent leur plein, les membres s’activent comme jamais. Au milieu de ces temps de troubles qui bouleversent notre pays et le monde en général, le cercle tient ferme. La satisfaction est d’autant plus méritée quand nous savons que ces quatre dernières années ne furent pas des plus aisées. Le chaos social, politique et environnemental a cassé assez souvent la volonté et l’élan de plus d’un. Le cercle est parvenu malgré tout à se maintenir avec un esprit d’équipe fort, un optimisme sans faille et un caractère exceptionnel de ses membres.

La célébration de cette année consacre, encore une fois, la volonté des membres du cercle de poursuivre énergiquement leur but qui est, d’une part, de combler le déficit d’espace d’orientation et d’intégration de la jeunesse haïtienne et d’autre part, de se tailler courageusement une place dans l’écosystème entrepreneurial haïtien. Cet article vise à dégager une brève compréhension des avancées du cercle à l’occasion de ce quatrième anniversaire et à esquisser un tableau d’ensemble renfermant des facteurs internes et externes qui contribuent à ces avancées.

Après une brève enquête menée au sein du cercle, nous avons constaté que bon nombre de start-up lancées par les membres n’ont pas survécu plus de trois mois. Cependant, il faut noter qu’il y a environ une vingtaine d’entre elles qui parviennent à se maintenir à flots avec une très grande concentration dans le service. Près de 85% des start-up sont des entreprises de service contre 35% qui évolue dans la production. Les services multimédias comptent parmi les plus dominants. Environ 50% d’entre elles fonctionnent dans un secteur à forte concurrence. Tandis que quasiment toutes les start-up acquiescent sur le rôle central de l’innovation dans le développement des entreprises. 65% d’entre elles déclarent cependant qu’elles innovent très peu et que cela provient notamment du fait du manque d’accès au crédit et de l’instabilité sociopolitique. La majorité des initiatives ont été déjà bloquées par la situation sociopolitique du pays. Trois entreprises sur quatre ont déjà arrêté totalement leurs activités dus aux événements de troubles politiques. Les rapports de CEEH avec les différentes start-up affiliées sont d’ordre divers. En termes de priorité croissante, en général, elles se servent des plateformes du cercle pour la promotion de leurs activités, arrive ensuite le networking, l’interconnexion professionnelle et la formation sur l’entrepreneuriat et certains outils numériques.

Cette brève présentation nous permet d’effleurer la réalité dynamique globalement positive à l’intérieur du cercle, cependant c’est à travers l’analyse détaillée des éléments positifs (forces et opportunités) et négatifs (faiblesses et menaces) du cercle que nous vous invitons à apprécier le chemin parcouru depuis ses quatre ans.

Les éléments qui font la force du CEEH


Nombreux sont les facteurs positifs qui marquent la dynamique interne du Cercle des Etudiants Entrepreneurs d’Haïti (CEEH). Trois d’entre eux se révélent extrêmement important pour le futur du cercle et retiennent particulièrement notre attention. Succinctement nous vous les présentons.

La motivation est une ressource précieuse nécessaire au bon fonctionnement de toute organisation, CEEH semble en être gâté sur ce point. Malgré les signaux négatifs et l’ambiance morose qui génèrent des inquiétudes légitimes sur l’avenir dans le pays, CEEH peut compter sur des membres motivés qui croient fortement en la capacité de création et d’innovation des jeunes, d’apporter des transformations positives à leurs vies et à leurs environnements respectifs.

Le réalisme est une autre caractéristique positive qui prédomine au sein du cercle. Les opportunités ne se présentent pas de manière permanente. L’entrée dans les différentes branches d’activités économiques est généralement étroite. La concurrence est rude et les financements se font rares. Cela n’empêche pas cependant que de brillantes initiatives ont été prises à la limite des possibilités des membres. Des exploits tels que Dynasty Hub, K-soomy Création, le réseau social Funtchat, pour ne citer que celles-là, démontrent les aptitudes des membres à concrétiser la vision du cercle.

La volonté d’extension à l’échelle du territoire national est un autre point fort de l’équipe. Le cercle n’entend pas à se limiter uniquement à Port-au-Prince. Car, l’idée de l’organiser au niveau national en intégrant des jeunes de tous les horizons du pays est une nécessité. Un tel niveau de représentativité au sein des communautés urbaines et rurales favorise l’élargissement des possibilités d’affaires et la capacité à atteindre les différents segments du marché haïtien. Les membres du cercle sont aussi de profils divers, ils viennent de tous les secteurs d’activités socioprofessionnelles et constituent une excellente base de ressources humaines.

Les points révélant les faiblesses


Le cercle n’est pas étranger aux faiblesses qui caractérisent souvent tout regroupement où les membres sont de profils divers, variés et disposant de peu de temps commun pour s’enrichir au contact de l’autre. Les attentes individuelles, les buts personnels prennent parfois un peu de temps avant de se transformer en de véritables visions et missions collectives.

 
Les opportunités en devenant membre du CEEH


L’entrepreneuriat en Haïti, vue de manière formelle, est encore à ses débuts dus aux retards structurels accumulés depuis environ une soixantaine d’années et l’appropriation anarchique des acquis de la révolution cybernétique. La jeunesse haïtienne se trouve confronter, malgré elle, à de graves déséquilibres. Les membres du cercle ne se croisent pas les bras en attendant que d’autres viennent arranger la situation, ils se proposent plutôt comme pionniers, initiateurs expérimentant dans de multiples domaines des start-up, des projets, des activités de formation dans le but de réduire cet écart. L’exploitation des avancées technologiques en phase avec le développement culturel et historique est une entreprise très prometteuse qui reste cependant bloquée à cause des mauvaises situations sociopolitiques. Néanmoins ces crises ne peuvent pas durer indéfiniment, il faudra, au moins sur le moyen terme, rétablir la stabilité institutionnelle et l’ordre public et s’attaquer aux véritables problèmes qui se résument à la base à une économie chétive, improductive, non-aérée et réticente au changement. CEEH compte contribuer au rattrapage de ce retard de développement en adoptant une attitude intelligente et positive aux transformations technologiques, en promouvant une utilisation massive des outils numériques dans toutes ses activités et en partageant toutes formes de savoir utile à la compréhension de l’évolution de l’entrepreneuriat et des affaires économiques en général, pour reprendre la présidente du Cercle Mlle Jennane Madona Baptiste

Les menaces confrontés par le cercle


Les menaces représentent l’ensemble des éléments extérieurs au cercle mais qui influent négativement sur son fonctionnement. La situation sociopolitique et économique d’Haïti représente en ce sens une menace majeure. Les crises, les périodes d’instabilité générale, les incertitudes alimentent une ambiance délétère. La dégradation continue de la conjoncture rétrécit les possibilités, elle annule des projets, bouleverse des plans, brouille les rêves et renvoie à demain des initiatives les plus simples. Au niveau structurel, les compétences des jeunes sont généralement sous-valorisées, les institutions accordent peu d’importance à l’intégration des jeunes dans le processus de développement économique. Le manque criant de certains éléments de base (électricité, pétrole, crédit, accompagnement) ralentit la marche des activités et rend difficile la mobilisation et la motivation des membres. Si ces menaces pèsent énormément sur la qualité du fonctionnement du cercle elles n’enlevent pas pour autant la détermination de ses membres. En étant optimiste par rapport au devenir de la société, le cercle pourra progresser plus rapidement avec la disparition de ces menaces au fur et à mesure.

Les perspectives du CEEH

Les perspectives pour les prochaines années sont à la hauteur des ambitions des membres du cercle qui est d’ériger CEEH comme l’une des principales plateformes de l’entrepreneuriat en Haïti. Les stratégies sont donc tournées vers l’élargissement du cercle avec l’intégration effective des nouveaux membres et l’ouverture du cercle aux couches jeunes de la diaspora haïtienne désireuses de prendre part aux activités économiques, sociales et éducatives bénéfiques pour notre société. La création du site de CEEH rentre aussi dans cette perspective d’ouverture et de création de liens entre les haïtiens d’ici et d’ailleurs. Le développement d’un pôle financier à l’intérieur du cercle représente un autre aspect important pour les prochaines années. En ce sens, la récente création d’une caisse populaire, « Kès Popilè Lavi (KPL) », se donne pour objectif de soutenir financièrement les initiatives des jeunes du cercle. Cela permettra, entre autres, de renforcer la pertinence et l’utilité des séances de formation en affaires en offrant la possibilité aux participants d’obtenir du crédit nécessaire à la concrétisation de leurs activités entrepreneuriales. En dernier lieu, le cercle compte planifier l’organisation d’un colloque annuel sur l’entrepreneuriat, le développement, la science et les potentialités de la jeunesse haïtienne avec une série de présentations qui seront par la suite disponible sur les réseaux sociaux à des fins éducatives.

Selon la présidente du CEEH, <<Cette quatrième année est pour nous un indicateur qui montre la capacité de notre jeunesse à travailler en équipe malgré tous les obstacles et toutes les difficultés auxquels elle est confrontée.>>>

En soufflant sur cette quatrième bougie, il ne fait aucun doute que les membres du Cercle des Etudiants Entrepreneurs d’Haïti réitèrent leur volonté de participer au développement socio-économique d’Haïti.

Usnaelo DORCELANT

Widlène Bélidor, un modèle de réussite

CP: Brown Raymond

Partout dans le monde, en ce 21ème siècle, de plus en plus de femmes s’investissent dans le monde entrepreneurial à la recherche d’un mieux être, d’une autonomie etc. En effet, elles se font remarquer par leur courage, leur ambition et leur volonté de surmonter les obstacles dressant sur leur parcours. Ainsi, Melinda Gates déclare : << Une femme qui donne de la voix est par définition une femme forte. >> Parlant de femme forte, Widlène Bélidor en est une parmi les miliers qu’on peut en dénombrer en Haïti. Dans une entrevue accordée à notre équipe de rédaction, elle nous raconte ses moments de déboire et de succès.

CEEH : Parlez-nous un peu de vous.

WB : Je suis Widlène Bélidor, une businesswoman et entrepreneure. Née à l’Hôpital St Charles de Carrefour le 7 Août 1992, je suis l’ainée de ma mère et la deuxième fille de mon père. J’ai été à l’école République du Canada et au Collège Mixte Frère Lamérique. Après mes études secondaires, j’ai intégré la PAODES université pour des études en sciences comptables.

CEEH : Vous vous investissez dans quelle champs d’activités?

WB : Je suis la propriétaire de WIDOUE ELEGANCE : un store situé à Delmas 33, ouvert le 7 Août 2020. Je suis également associée à Dynasty Hub et membre du Cerle des Etudiants Entrepreneurs d’Haïti (CEEH). Dans les années antérieures, à chaque vacances, j’aidais des enfants dans des camps de vacances. Cela m’avait motivé à mettre sur pieds un programme d’aide dénommé « Soutien scolaire ». Ce dernier visait à aider des enfants vivant dans des familles monoparentales.

CEEH : Quand est-ce que vous avez commencé à entreprendre?

WB : J’ai commencé très tôt. Je me souviens quand j’étais en 6ème A.F., je vendais des sachets de bonbons et de surettes à l’école afin d’aider ma mère et mes quatre frères et sœurs. Malheureusement, j’ai un père irresponsable, ma mère devait tout faire pour nous assurer un avenir meilleur, mes frères et sœurs et moi. Arrivée en 9ème A.F., pour les examens officiels, j’ai eu un cousin qui m’avait fait un cadeau de 1000 gdes. Avec ce montant, j’ai acheté environ trois maillots pour revendre. Dès lors, j’ai pris goût à acheter et revendre des articles. Mais j’allais vraiment prendre l’élan nécessaire grâce à une amie du Cap-Haïtien. Dans un premier temps, je n’étais qu’un simple agent de liason pour elle. Puis un jour, je lui ai demandé d’être mon fournisseur. Ce qu’elle a accepté. Grâce à ses aides et celles d’autres fournisseurs, je suis devenue non seulement une détaillante, mais également une grossiste. Ma persévérance et ma détermination m’ont permis à présent d’ouvrir mon propre store.

CEEH : Pourquoi avez-vous choisi d’entreprendre ?

WB : Je reste convaincue que l’entrepreneuriat est l’un des meilleurs moyens qu’une personne peut avoir pour réaliser ses rêves. Il nous rend libre et maître de nous même. À noter que je travaillais sur ma profession. Après avoir réalisé que je n’avais plus de temps pour moi, j’ai décidé de laisser tomber pour devenir ma propre patronne. À présent, j’ai plus de temps à me consacrer et plus de revenus.

CEEH : Qu’est-ce qui caractérise la force de votre réussite? Quelles sont vos sources de motivation ? Partagez avec nous l’une de vos citations préférées.

WB : Ma réussite se focalise sur le courage et l’ambition. Ma mère est ma plus grande source de motivation. Elle est un modèle pour moi. Il y a aussi CEEH grâce à ses formations axées sur l’entrepreneuriat et son système de réseautage. Cette citation d’Albert Schweitzer est mon léitemotiv : << Si vous ne courez pas après ce que vous voulez, vous ne l’aurez jamais. Si vous ne demandez pas, la réponse sera toujours non. Si vous ne faites pas un pas en avant, vous resterez toujours au même endroit. >>

CEEH Quelles sont vos perspectives d’avenir ?

WB : Avec WIDOUE ELEGANCE, je ne compte pas rester là. Je souhaite avoir un complexe et aussi développer ma propre marque.

Pierre Robenson SAINT LOUIS
pirosaintlouis@gmail.com

La COVID-19 crée de nouvelles opportunités.

Partout dans le monde le nouveau Coronavirus a couté la vie a de nombreuse personnes. Il a, en outre, bouleversé le monde du travail et a poussé les entrepreneurs à mettre en œuvre des mesures d’urgences. Comme l’a souligné le secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies, António GUTERRES, aucune entreprise n’a été épargnée, en bien ou en mal dépendamment de son secteur d’activité. En Haïti, la situation est devenue plus vulnérable qu’auparavant à plusieurs niveaux. En effet, les impacts de la Covid19 qui est une catastrophe sanitaire se font sentir dans d’autres domaines. Du point de vue économique, différentes entreprises ont été obligés de laisser partir certains/es de leurs employés/es ou encore baisser les salaires. De plus, il y a la hausse des prix des produits de première nécessité, l’inflation, etc. Sur le plan social, plusieurs familles ont été contraintes de réduire leurs dépenses alimentaires, dépression chez quelques-unes, entre autres.

En dépit des nombreuses difficultés auxquelles font face les entreprises haïtiennes, certaines d’entre elles s’accommodent avec la pandémie. Cette dernière a eu des retombées positives surtout pour celles qui évoluent dans le commerce électronique alors que pour les autres qui nécessitent une présence physique elle a été très néfaste. Le nouveau coronavirus, malgré ses conséquences néfastes sur notre quotidien, nous a quand même rappelé l’importance des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC).

Nombreux sont ceux qui ont dû s’adapter avec créativité a l’évolution des circonstances. Dans ce contexte, les artistes haïtiens se sont mobilisés afin de maintenir le lien avec le public. Effectivement, sur différentes plateformes de réseaux sociaux, beaucoup d’entre eux ont livré des performances pour le plaisir des mélomanes en général et de leurs fans en particulier. Plusieurs événements culturels de différents genres ont été également réalisés. Pareillement, les gens qui évoluent dans la formation professionnelle ont organisé des Webinaires (séminaire en ligne), comme cela a été le cas de Jonhny HOMELUS, responsable de l’intiative « Konesans ak Homelus ». Pour sa part, Pierre Stanley BAPTISTE, auteur du livre « Underdog Revolution », dit qu’il a été très créatif en cette période de crise.

Il est évident que nous sommes à l’ère du numérique, à l’ère de la digitalisation. Dans le pays, ce moment de crise a été révélateur dans la mesure où il a permis à tout un chacun de voir toute l’utilité des smartphones et des autres outils numériques. Questionné sur l’après Covid-19, Reginald LADOUCEUR, directeur général de Dynasty Hub, croit que la COVID-19 devrait favoriser une accélération de la digitalisation de l’économie Haïtienne. Même si nous reconnaissons que le taux d’accessibilité aux objets connectés sont très faibles. Enfin, sommes-nous prêts à changer de cap en ce qui concerne la technologie ?

Djenane Madona BAPTISTE
baptisteceeh@gmail.com